Clause de tontine : risques, fiscalité et limites

Illustration isométrique d’une clause de tontine lors d’un achat immobilier à deux

Mis à jour en 2026

La clause de tontine est souvent évoquée pour protéger le survivant lors d’un achat immobilier à deux. Mais entre rigidité du montage, risque de requalification et fiscalité parfois lourde, elle mérite une vraie analyse avant signature. Voici ce qu’un propriétaire bailleur ou un investisseur particulier doit comprendre avant de l’envisager.

À retenir

  • La clause de tontine permet généralement au survivant de devenir seul propriétaire du bien.
  • Elle se distingue de l’indivision, mais elle est souvent plus rigide.
  • Elle peut être contestée si l’aléa est absent ou si le financement est trop déséquilibré.
  • Fiscalement, elle peut coûter très cher entre concubins.

Qu’est-ce qu’une clause de tontine ?

La clause de tontine, aussi appelée clause d’accroissement ou pacte tontinier, est insérée dans l’acte d’achat chez le notaire. Son principe est le suivant : au décès du premier acquéreur, le survivant est réputé avoir toujours été le seul propriétaire du bien.

Sur le plan civil, cela signifie généralement que le bien n’entre pas dans la succession du premier décédé. Les héritiers ne récupèrent donc pas une quote-part du logement ou de l’immeuble concerné, si la clause est valable.

Tontine ou indivision : quelle différence ?

La différence avec l’indivision est majeure.

En indivision, chaque acquéreur détient une quote-part du bien. En cas de décès, cette quote-part rejoint sa succession. Le survivant peut alors se retrouver en indivision avec les héritiers du défunt.

Avec une tontine, la logique est différente : le survivant recueille seul la propriété entière du bien, à condition que le pacte soit juridiquement valable.

Cette distinction explique l’intérêt de la tontine pour certains couples, notamment lorsqu’ils souhaitent éviter une indivision successorale subie.

Pourquoi la tontine peut-elle séduire ?

La clause de tontine est souvent présentée comme un outil de protection du survivant. C’est particulièrement vrai dans trois cas :

  • les couples non mariés qui achètent ensemble ;
  • les couples souhaitant éviter l’indivision avec des héritiers ;
  • les familles recomposées qui cherchent à sécuriser l’occupation ou la détention du bien.

En pratique, l’intérêt principal est la continuité. Le survivant ne partage pas le bien avec la succession du défunt. Il conserve seul la propriété, ce qui peut éviter des situations bloquées ou des conflits familiaux immédiats.

Pour une résidence principale, cet avantage peut être déterminant. Pour un investissement locatif, il faut cependant aller plus loin dans l’analyse, car la tontine manque souvent de souplesse.

Les limites concrètes de la clause de tontine

La tontine protège parfois, mais elle rigidifie aussi la détention du bien.

Une sortie souvent plus difficile

Contrairement à l’indivision, où il existe des mécanismes de sortie relativement connus, la tontine rend généralement la revente ou la réorganisation du bien plus complexe. Tant que les deux acquéreurs sont vivants, la situation peut devenir bloquante si l’un veut vendre et l’autre non.

Pour un bailleur ou un investisseur, ce point compte beaucoup. Un actif locatif doit souvent pouvoir être arbitré, refinancé ou transmis dans de bonnes conditions. Une clause trop rigide peut alors devenir un frein.

Une solution peu adaptée à tous les projets locatifs

Dans un projet d’investissement, la priorité n’est pas toujours seulement de protéger le survivant. Il faut aussi conserver une logique de gestion : capacité à revendre, à céder une part, à restructurer le patrimoine, ou à financer un nouveau projet.

C’est pour cela que la tontine n’est pas systématiquement la meilleure option pour un bien locatif. Selon les cas, une indivision aménagée ou une SCI peut parfois être plus adaptée.

Le vrai point de vigilance : le risque de donation déguisée

La clause de tontine repose sur un aléa réel. En pratique, il doit exister une véritable incertitude sur l’ordre des décès au moment de l’achat. Si cet aléa est absent ou artificiel, le pacte peut être contesté.

Le risque devient plus élevé lorsque :

  • un acquéreur finance presque tout le bien ;
  • les contributions sont très déséquilibrées sans justification claire ;
  • l’un des acquéreurs est dans une situation de santé déjà fortement dégradée au moment de l’acte ;
  • la clause apparaît comme un moyen indirect de transmettre un bien hors succession.

Dans ce type de situation, la tontine peut être requalifiée en donation déguisée.

La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 12 janvier 2022. Pour les investisseurs, la leçon est simple : une clause de tontine n’est pas une garantie absolue. Elle doit reposer sur des conditions sérieuses et défendables.

Fiscalité : un point souvent sous-estimé

Même lorsque la tontine est efficace sur le plan civil, elle n’est pas forcément avantageuse sur le plan fiscal.

L’article 754 A du Code général des impôts prévoit que les biens recueillis en vertu d’une clause de tontine sont, d’un point de vue fiscal, réputés transmis à titre gratuit. Autrement dit, l’administration fiscale ne suit pas toujours la logique civile du pacte.

Ce que cela change selon le lien entre les acquéreurs

  • Entre époux, les droits de succession sont en principe exonérés.
  • Entre partenaires de Pacs, l’exonération existe également en matière successorale.
  • Entre concubins, la fiscalité peut devenir très lourde.

Pour des concubins, le survivant est généralement taxé comme une personne sans lien successoral privilégié avec le défunt, soit 60 % après un abattement de 1 594 €. Cela peut fortement réduire l’intérêt réel de la clause.

Il existe une exception pour l’habitation principale commune lorsque sa valeur globale est inférieure à 76 000 €, mais ce seuil est aujourd’hui très faible au regard du marché immobilier.

Autrement dit, la tontine peut protéger civilement tout en restant fiscalement coûteuse. C’est un point à simuler avant signature.

Checklist avant de signer

Point à vérifierPourquoi c’est important
Répartition réelle du financementUn déséquilibre excessif fragilise la clause.
Existence d’un aléa crédibleCondition clé pour éviter la requalification.
Situation familialePrésence d’enfants, remariage ou famille recomposée.
Objectif du bienRésidence principale et investissement locatif n’ont pas les mêmes enjeux.
Fiscalité applicableLe coût peut être très élevé entre concubins.
Souplesse futureRevente, arbitrage, refinancement, transmission.

Ce qu’il faut retenir

La clause de tontine peut être utile, mais elle ne convient pas à tous les achats immobiliers. Elle peut protéger efficacement un survivant dans certains contextes, surtout si le projet est stable, cohérent et bien documenté. En revanche, elle devient plus risquée quand elle sert à compenser un financement déséquilibré, à contourner une difficulté successorale ou à gérer un investissement qui exige de la flexibilité.

Pour un propriétaire bailleur ou un investisseur, le bon réflexe consiste généralement à raisonner en stratégie patrimoniale globale avant de choisir l’outil juridique. Dans cette logique, il peut être utile de centraliser ses documents, ses financements et ses actifs pour garder une vision claire du patrimoine. C’est aussi l’intérêt d’un outil comme Rentilot, utilisé ici comme support de pilotage et non comme substitut à un conseil juridique.

Pour approfondir la dimension successorale, vous pouvez aussi consulter notre article sur l’héritage immobilier.

FAQ

Questions frequentes

La clause de tontine permet-elle d’éviter la succession ?

Pas totalement. En pratique, elle peut empêcher le bien d’entrer civilement dans la succession du premier décédé, mais la fiscalité peut rester celle d’une transmission à titre gratuit.

La tontine est-elle risquée entre concubins ?

Oui, souvent sur le plan fiscal. Entre concubins, le survivant peut être imposé à 60 % après un abattement très faible, ce qui réduit fortement l’intérêt du montage.

Peut-on revendre facilement un bien acheté en tontine ?

Généralement, non. La tontine est plus rigide que l’indivision et peut compliquer la sortie si les coacquéreurs ne sont plus d’accord.

Références

Depuis 2019, il construit et rénove son propre parc locatif, tout en concevant des solutions digitales pour simplifier la gestion. De cette double expérience est né Rentilot, une plateforme pensée par un bailleur pour des bailleurs, avec l’ambition de rendre la gestion locative et patrimoniale à la fois simple et efficace.